DOSSIER : Sécurité

Lettre à M. VACHEZ (29/11/05)

Date du document : 29 Novembre 2005

Monsieur Daniel VACHEZ
Maire
Hôtel de Ville

77426 MARNE LA VALLEE CEDEX 2


Emerainville, le 29 novembre 2005


Monsieur le Maire,

J’ai bien reçu la motion que votre conseil municipal a adoptée lors de sa réunion du 04 Novembre 2005. (voir ci-dessous)

Je suppose que si vous m’avez adressé ce document, c’est pour connaître l’avis des élus émerainvillois sur son contenu. Je leur ai donc communiqué et vous transmets leurs observations :

Tout d’abord, nous sommes, tout comme vous, émus par la mort de jeunes cherchant à se dissimuler dans un transformateur à Clichy. Nous nous étonnons toutefois de votre silence et de votre absence d’émotion par rapport aux blessures graves ou au meurtre des victimes des émeutiers.

Compte tenu de la gravité des évènements que notre pays a connus, nous attendions des hommes politiques (maires, députés, sénateurs, ministres, Président de la République) une recherche objective des causes et une analyse précise de la situation actuelle, sans aucun esprit partisan.

Malheureusement votre motion va à l’encontre de nos espérances, diabolise la droite républicaine, tente d’expliquer et parfois même de justifier (ce qui est plus grave encore) les émeutes par des arguments simplistes, et cherche à valoriser votre courant de pensée politique (la gauche ne serait responsable de rien, elle aurait toujours fait ce qui devait être fait, seuls les horribles libéraux seraient les responsables de ces crises)

Elle correspond tout à fait à cet esprit qui depuis « des décennies ruine notre vie publique et permet d’enfouir toutes les vérités qui fâchent sous l’angélisme ou les jérémiades et préfère le prêche à l’action. Celui en somme d’une longue incurie »

Vous êtes le premier magistrat de Noisiel, vous avez été le président du SAN et le député de notre circonscription.


Comment osez-vous, avec l’expérience qui devrait être la votre et les responsabilités qui vous incombent dans l’urbanisation et le peuplement du Val Maubuée, faire croire aux habitants de votre commune que les émeutes proviennent uniquement :

- Des termes employés par le Ministre de l’intérieur (qui appelle un chat un chat et si vous fréquentiez « Monsieur tout le Monde, vous sauriez que c’est ainsi que s’expriment la majorité des français aujourd’hui)

- De la précarité qui serait générée par le nouveau contrat de travail Villepin (contrat qui a pourtant permis la création de très nombreux emplois pérennes, à l’inverse des fameux « emplois jeunes » qui étaient à durée déterminée)

- De la montée du chômage (qui baisse ces temps ci)

- Des difficultés pour trouver un logement (vous fûtes Président du SAN, vous êtes toujours membre du Conseil d’Administration de l’EPAMARNE et à ces titres vous êtes l’un des principaux responsables des problèmes de logement sur le Val Maubuée).

Nous nous refusons par charité d’aborder le bilan du dernier gouvernement socialiste en matière de logement social (engagement de 300 000 réhabilitations et de 150 000 logements neufs par an, alors qu’il en a réalisé à peine le tiers)

- De la suppression de la police de proximité
Lorsque vous étiez député socialiste, nous n’avons pas constaté une présence importante d’une telle police à Emerainville et l’effectif du commissariat de Noisiel (un des plus mauvais commissariats à l’époque, quant au taux d’élucidation) est resté pratiquement identique pendant toute la durée de votre mandat parlementaire malgré nos très nombreuses demandes et celles sans doute de nos collègues.

Aujourd’hui, le tiers des forces mobiles devrait s’installer durablement dans les quartiers chauds pour la sécurité quotidienne de 17 heures à 4 heures du matin. Dans un passé pas si lointain, il ne fallait surtout pas que les policiers se montrent, vous pensiez qu’il s’agissait d’une provocation.

- De l’ignorance des besoins en matière d’éducation et de prévention
Nous pensons qu’il est inutile là aussi de rappeler le bilan désastreux des gouvernements de gauche que vous avez soutenus (violences scolaires, illettrisme…….)


Le problème de la crise des cités ne date pas d’hier et tous les partis, toute notre élite politique en sont responsables.

Ils n’ont jamais voulu établir un vrai diagnostic, analyser véritablement le problème. Ils se sont, pour la plupart, contentés d’acheter la paix sociale en arrosant par ci par là des associations, en inventant « la politique de la ville » en envoyant les policiers jouer des matchs de foot.

Ils ont, comme vous, peur des mots et des réalités et pour la plupart ne connaissent rien aux banlieues qu’ils n’ont jamais habitées.

Dans un récent article paru dans l’Express du 17 Novembre 2005, Monsieur Sarkozy dénonçait quarante ans d’ erreurs de droite et de gauche confondues, erreurs dues d’après lui à une seule faute : la lâcheté qui
- n’a pas permis d’affirmer le problème posé par l’immigration et donc de le résoudre

- a incité les gouvernements successifs à distribuer des crédits dans une France en croissance au lieu d’inciter les personnes à se former et à travailler

- a occulté l’analyse du modèle français d’intégration et de son efficacité

- a refusé la question d’une immigration choisie plutôt que subie.

En accord complet avec cette analyse qui, vous en conviendrez j’espère, n’a rien de raciste ni de xénophobe, je souhaite que dans le cadre d’une union nationale nos hommes politiques oublient leurs petits intérêts et leurs querelles de clochers pour enfin organiser tous ensemble une grand débat sur ces problèmes cruciaux qui peuvent mettre à mal l’unité de notre pays.

Comme vous pouvez le constater, il est très facile de critiquer ses adversaires politiques en oubliant les erreurs de ses propres amis.

Votre motion reprend malheureusement les éternels poncifs qui nous ont conduit où nous en sommes, croyez que je le regrette.

Veuillez agréer mes salutations distinguées.

Le Maire,

Alain KELYOR

 


MOTION DU CONSEIL MUNICIPAL DE LOGNES

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22. MOTION RELATIVE AUX VIOLENCES URBAINES
LE CONSEIL MUNICIPAL,
APRES en avoir délibéré,
A L’UNANIMITÉ,
ADOPTE le texte de motion suivant :
« Depuis plusieurs semaines, des violences urbaines d’une ampleur inégalée sont
commises dans notre pays. Elles frappent d’abord nos concitoyens les plus modestes
qui ont perdu leur voiture, leur outil de travail, leurs transports en commun, l’école ou le
gymnase de leurs enfants. Lognes n’a pas été épargnée par cette violence même si les
dégradations de bâtiments publics et de biens privés sont restées limitées. Ces violences
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sont inacceptables et inexcusables ; L’indemnisation immédiate des victimes, qu’il
s’agisse de particuliers, d’entreprises ou de collectivités locales doit intervenir dans les
meilleurs délais. L’Etat ne doit pas se soustraire à sa responsabilité.
Il n’est pas acceptable de réduire ces événements à un problème d'ordre public
alors qu'ils témoignent de l'ampleur de la crise sociale et des dégâts du libéralisme.
Nous ne nous résignons pas à une société dominée par la loi du plus fort et le chacun
pour soi. L’urgence sociale, c’est d’offrir un avenir aux millions d’habitants des quartiers
populaires, qui ne doivent pas être mis au ban de la République, mais au cœur de son
projet émancipateur. C’est de réaffirmer, dans les actes, que la jeunesse des quartiers
populaires, si souvent stigmatisée ou renvoyée à la diversité de ses origines, a les mêmes
droits et devoirs que tous les citoyens.
La droite, qui avait instrumentalisé les peurs pour faire de l’insécurité le thème
central de sa campagne électorale en 2002, se révèle dans les faits incapable de
garantir la sécurité.
Depuis trois ans et demi, la violence s’est endurcie car le gouvernement de droite a
abandonné les quartiers populaires. Il a réduit les effectifs de policiers là où ils sont les
plus nécessaires, supprimé la police de proximité, licencié les emplois-jeunes, coupé les
crédits des associations, restreint la politique de la ville à sa plus simple expression,
défait les services publics, méprisé les besoins éducatifs, ignoré les élus locaux qui
tiraient la sonnette d’alarme et favorisé le communautarisme. Jacques Chirac promettait
en 1995 de résorber la « fracture sociale » et en 2002 de réduire l’insécurité. En 10 ans, il
a surtout fabriqué de l’insécurité sociale et n’a pas su assurer la sécurité des biens et des
personnes. L’état d’urgence, loi d’exception de triste référence, ne se justifierait
pas, surtout sur une durée aussi longue alors que les lois de la République
permettent de faire face à cette situation.
Le gouvernement tente aujourd’hui d’exploiter politiquement les violences pour justifier
la poursuite d’une politique qui a échoué. Le ministre de l’Intérieur, qui porte une part de
responsabilité personnelle dans l’effet de contagion donné aux événements de Clichysous-
Bois, persévère dans une stratégie de tension délibérée à coup de provocations
verbales stigmatisant l’ensemble de la jeunesse et des habitants des quartiers touchés
par la ségrégation. Il désigne les immigrés comme boucs émissaires. Il tente d’éluder ses
responsabilités en faisant le procès de la politique de la ville alors que les cités n’ont
jamais autant besoin d’aides. Ceux qui sont en première ligne, professionnels comme
bénévoles, n’ont pas été soutenus.
Ce n’est pas seulement le problème des banlieues qui resurgit brutalement. C’est celui
de toute la société française qui souffre des dégâts du chômage, de la précarité,
des inégalités, de l’accumulation durable de la misère sociale et des discriminations.
Beaucoup de familles sont en proie à des difficultés quotidiennes insupportables.
Nombre de jeunes n’ont pour seul horizon que l’échec scolaire, la discrimination et le
chômage. En ne s’attaquant pas aux problèmes de fond, le libéralisme crée les conditions
du désordre social.
Le résultat est celui d’une crise majeure, porteuse de tous les dangers pour notre pacte
républicain. Des inquiétudes et des peurs légitimes risquent d’alimenter un terreau
propice à la propagation du racisme et des idées d’extrême droite.
Pour endiguer cette montée en puissance de la précarité, des mesures immédiates
et significatives doivent être prises en faveur des populations qui souffrent :
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- Une loi de programmation pour les quartiers :
Il faut garantir un engagement pérenne de l’Etat et fournir un effort massif de la Nation,
autant en direction des habitants que des territoires. Aux politiques de droit commun de
l’Etat et des collectivités locales, qui doivent être déployées prioritairement dans les
quartiers, doivent s’ajouter des moyens supplémentaires nouveaux au travers d'une loi
de programmation dont l'exécution sera vérifiée annuellement lors d’états généraux
réunissant tous les acteurs. Les élus locaux, des services publics forts, des associations
confortées doivent être les maîtres d’œuvre d’une véritable mobilisation générale sur le
terrain. La priorité doit être donnée à l’accompagnement humain des familles,
à l’éducation, à l’animation culturelle et sportive.
- Une véritable politique de sécurité pour tous et partout :
• Mise en place d’une nouvelle police de proximité, avec l’implantation
de véritables commissariats de plein exercice, dotés d’effectifs de policiers
expérimentés afin de déployer une stratégie coordonnée de lutte contre la
délinquance, notamment l'économie souterraine. Une relation de confiance entre
la police et la population est indispensable.
• La création d’une véritable justice de réparation pour apporter une sanction
systématique et juste, notamment à la délinquance des mineurs. Il est urgent
de restaurer la confiance des citoyens dans la Justice de leur pays : une échelle de
sanction graduée, avec des peines réellement appliquées et le développement des
sanctions alternatives à l’incarcération doit voir le jour.
• Une grande politique de prévention précoce de la délinquance juvénile. L’Etat
devra donner aux communes et aux services publics les moyens d’assurer un
accompagnement cohérent et personnalisé. Il faut recruter massivement des
éducateurs, des travailleurs sociaux, de psychologues, des animateurs
professionnels et développer les différentes formes de médiation.
- Une priorité à l’éducation pour favoriser la réussite de tous :
• Ramener les effectifs à 15 élèves par classe dans les établissements
prioritaires, combattre l’échec scolaire en soutenant et valorisant les projets des
équipes pédagogiques innovantes, adaptés au rythme de chaque enfant.
• L’ambition éducative ne peut s’arrêter aux frontières de l’école. Elle passe par un
soutien individualisé, le développement de l’éducation populaire, le soutien
aux activités sportives, culturelles, collectives ou familiales qui contribuent
à l’épanouissement de chacun.
• Des « cellules de veille éducative » doivent être généralisées pour mettre fin au
gâchis qui consiste à ce que 60 000 jeunes sortent chaque année du système
scolaire sans qualification.
• Refuser tout projet visant à remettre en cause l’obligation scolaire jusqu’à 16
ans.
- Une mobilisation pour l’emploi et contre les discriminations :
Au-delà des mesures volontaristes pour favoriser le pouvoir d’achat et le retour au plein
emploi, nous souhaitons :
• Le rétablissement immédiat du dispositif emplois-jeunes.
• Une sanction exemplaire et systématique des discriminations par le
renforcement des services de police et des moyens de la justice chargés de
réprimer les comportements hors la loi.
• Un volontarisme républicain fondé sur des critères sociaux, et en aucun cas
ethniques, pour assurer la promotion sociale de jeunes des quartiers populaires.
- Un combat volontaire contre les inégalités territoriales :
• Une meilleure répartition de l’effort de construction de logements sociaux,
en appliquant des sanctions dissuasives aux communes qui ne respectent pas
la loi SRU et en imposant une mixité des logements. Avec la construction de
120 000 logements sociaux par an, de nouveaux équipements publics, des
transports en commun pour desservir tous les quartiers. Il n’est pas question de
réhabiliter des ghettos, mais engager une véritable renaissance urbaine.
• De nouveaux moyens d’agir pour les communes par une fiscalité locale plus
juste et une meilleure solidarité territoriale. Il faut en finir avec les injustices
actuelles où le budget des collectivités est asphyxié par l’Etat et où l’imposition
locale se révèle aujourd’hui plus coûteuse pour les ménages habitant les
territoires les plus pauvres en proposant une plus juste répartition des moyens de
l’Etat ainsi que le renfoncement des mécanismes de péréquation en direction des
territoires pauvres.
- Une réaffirmation forte des principes laïcs en rappelant que la laïcité est un des
principes constitutionnels de notre pays dont la loi de 1905 en constitue le socle.
L’autorité de l’Etat ne sera pas rétablie et respectée sans une puissance publique
volontaire, des services publics forts, des professionnels quotidiennement sur le
terrain. Nous sommes conscients que les engagements que nous prenons aujourd’hui
nécessiteront des moyens renforcés qui supposent la remise en cause des choix
budgétaires et fiscaux de la droite. La France ne gagnera pas le combat contre la violence
en baissant les impôts des riches, en asphyxiant les communes pauvres, en supprimant
la priorité à l’éducation, en précarisant les salariés. Elle peut le gagner forte d’une
mobilisation précoce, intense, permanente et de la volonté de bâtir une société plus
juste.
Cette ambition républicaine est celle que nous voulons partager avec vous ».