DOSSIER : Sécurité

Lettre à M. SARKOZY (29/07/05)

Date du document : 29 Juillet 2005

Monsieur Nicolas SARKOZY
Ministre d’Etat,
Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire
Place Beauvau

75008 PARIS


Emerainville, le 29 juillet 2005


Monsieur le Ministre,

Les derniers évènements qui se sont déroulés à Emerainville, commune de Seine et Marne et dont la presse s’est fait l’écho (voir ci-joint) m'incitent à vous adresser ce courrier pour attirer votre attention sur la situation de ma commune.

Emerainville est située à 20 km de Paris, compte 7500 habitants, répartis également sur 2 pôles éloignés l’un de l’autre par 3 km d’espaces boisés. Comme vous pouvez le supposer, cette configuration ne facilite pas la tâche des élus municipaux puisqu’en réalité, nous devons gérer l’équivalent de 2 communes en doublant les équipements, etc….

Emerainville fait partie de Marne la Vallée, et de l’intercommunalité du Val Maubuée
Elle a subi sous la houlette d’un SAN (dominé par la Gauche depuis sa création il y a une trentaine d’années), et de l’EPA (présidé par un élu de gauche issu du même SAN), une urbanisation qui a cumulé toutes les erreurs possibles, si bien qu’aujourd’hui, alors que tout est presque construit, l’intercommunalité s’interroge sur un plan de circulation urbain !
Je ne comprends toujours pas les raisons pour lesquelles la Ville Nouvelle (plus de 80 000 habitants) a si peu intéressé et intéresse toujours si peu nos dirigeants politiques, mais je me suis posé la même question autrefois pour la ceinture rouge autour de Paris, jusqu’au jour où le RPR a décidé de la briser.

Depuis mon élection en 1995, j'ai du faire face aux problèmes que posent les habitants de la ZUS du Clos d'Emery, exemple type des erreurs d’urbanisation du secteur.
Ce quartier, (qui est une copropriété) bien connu des médias locaux et nationaux, mais aussi de la police, est habité par une trentaine de familles africaines polygames qui représentent plus de 500 personnes et plus de 10% de la population de la ville.

Communautarisme
L'intégration de ces familles de même religion, de même langue, de même origine ethnique, est impossible, enfermées qu'elles sont dans leur ghetto. La nationalité française imposée semble-t-il aux enfants nés en France n'empêche pas la haine raciale qu'ils éprouvent pour "les blancs" et leur mépris pour notre pays qu'ils insultent à la moindre contrariété ou au moindre refus de toute aide.

Insalubrité
Les maisons de ville (3 ou 4 pièces maximum) sont occupées par 15 voire 20 personnes

Abandon de toute autorité parentale, échec scolaire, chômage
Si à son arrivée, dans le début des années 80, la communauté africaine emerainvilloise, avait ses règles, ses coutumes, ses lois, la solidarité du groupe a désormais disparue, les adultes renoncent à leur autorité parentale, les femmes désirent décohabiter, quant aux jeunes ils sont écartelés par deux genres de vie qu’ils ne connaissent pas complètement.
Les jeunes méprisent leurs parents lesquels ne comprennent plus leurs enfants
Comme dans beaucoup de cas semblables, il semble que l’allocation scolaire et les allocations familiales sont considérées comme des salaires indirects et ne servent pas réellement à l’éducation des enfants.

Compte tenu du surpeuplement des habitations, les enfants ne peuvent pas assumer une scolarité normale

Education et emploi

Deux écoles primaires emerainvilloises ainsi que le collège sont classées en ZEP avec des résultats non probants notamment pour l’accès à l’emploi.
De nombreux jeunes sortent ainsi du système éducatif sans savoir ni lire ni écrire et de ce fait sont condamnés au chômage et au « buisness » comme ils disent.

Délinquance :
Toujours en raison des conditions d’habitation, les jeunes vivent dans la rue, en bandes, et commettent un grand nombre de méfaits sur les biens et les personnes.
Les plaintes pénales, les mains courantes s’accumulent, l’insécurité est permanente, les récidivistes sont considérés comme des exemples par les plus jeunes.
La population est en colère devant ce laxisme de l’Etat qui ne la protège pas et les deux communautés peuvent s’affronter d’un moment à l’autre.


…/…
Le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire semblent enfin décidés à faire respecter les textes qui interdisent depuis 1945 la polygamie en France et les 2éme, 3éme et 4éme épouses se doivent, sous peine de sanctions administratives, de quitter le domicile conjugal.
Or ce revirement administratif pose le problème du manque de logements locatifs sociaux. De plus, les bailleurs sociaux refusent presque systématiquement l’octroi d’un appartement aux femmes issues de la polygamie en raison du risque d’un « regroupement familial »
Nous nous trouvons devant le dilemme suivant :
Des femmes qui sont venues en France le plus légalement possible (regroupement familial) qui sont mères de Français (et qui de ce fait ne peuvent pas être expulsées) doivent déménager (sous peine de ne plus pouvoir travailler et pour respecter l’application actuelle de la loi) dans des logements qui n’existent pas.
La gestion au quotidien de toutes ces contradictions n’est pas chose aisée, et la Mairie d’Emerainville a été plusieurs fois occupée par des femmes en colère devant cette situation insensée.

Urbanisme et Désenclavement
Le précédent commissaire de police de Noisiel avait coutume de dire que le clos d’Emery était « un ghetto livré à la commune clé en mains ».
En effet, ce quartier n’est desservi actuellement que par une seule rue se terminant en impasse, et de plusieurs chemins piétonniers. L’entrée de cette rue est « gardée » en permanence, comme une frontière, par une dizaine de jeunes adultes.
Lors de l’intervention de forces de police, (poursuites fréquentes), celles-ci sont donc « coincées » au fond du quartier et sont donc livrées au caillassage des habitants.
Nous avons donc décidé dans le cadre de la politique de la ville de construire dans la ZUS une route la traversant pour l’ouvrir vers l’extérieur et vers la ville.
La première partie des travaux a nécessité la présence d’une quinzaine de policiers nationaux de 2 policiers municipaux et d’une demi brigade de CRS, pour protéger les ouvriers travaillant sur le chantier, qui avaient été pris à parti par les jeunes, très soucieux de protéger « leur bronx » ainsi qu’il appellent leur quartier.

Problèmes financiers et Expulsions
La copropriété du Clos est dans l’impossibilité d’assumer sa propre gestion, les charges ne sont pas réglées. La mairie est donc contrainte de prendre à sa charge un certain nombre d’actions de nettoyage, régulièrement, afin de permettre aux habitants riverains de vivre dans des conditions correctes.
Les demandes d’expulsion pour impayés de loyers ou de crédits se multiplient sans pour autant aboutir alors qu’elles se déroulent normalement dans d’autres secteurs de la ville lorsqu’elles concernent des familles monogames
Peut être que les pouvoirs publics craignent les troubles d’ordre public que risquent d’entraîner l’expulsion d’une famille polygame de plus de 15 membres, troubles sans commune mesure avec ceux qu’engendrerait éventuellement la même démarche, contre une famille de Français moyens, non issus de l’immigration, comme me l’a écrit une fois le Cabinet du Préfet de Seine et Marne.
Nous serions alors revenus au temps des invasions barbares époque pendant laquelle les tribunaux condamnaient les justiciables en fonction de leur origine ethnique.

Dans la limite de ses compétences et de ses moyens la commune tente de résoudre les problèmes sans recevoir par ailleurs une aide significative et spécifique de l’Etat (Commune de moins de 10 000 habitants, nous ne percevons même pas la dotation de solidarité urbaine).

Sécurité
Il est évident que la présence forces de police a un effet dissuasif sur le comportement des jeunes délinquants.
Nous avons donc créé, dès notre élection, une police municipale qui comporte 10 hommes actuellement, pour palier les difficultés du commissariat de Noisiel dont nous dépendons.
Daniel VACHEZ, le Maire PS de Noisiel, dont la commune dépend du même commissariat, vous a d’ailleurs adressé un courrier pour attirer votre attention sur le manque d’effectifs.
Si le nombre de policiers nationaux présents sur le secteur est effectivement très faible par rapport à l’ensemble de l’Ile de France, il n’en demeure pas moins que l’on ne pourra jamais mettre un policier devant chaque porte, et que la résolution des problèmes de délinquance passe, à mon avis, par d’autres mesures.

Je suis parfaitement conscient que le quartier du Clos d’Emery n’a aucune commune mesure avec les Minguettes, les 4000, et autres grands ensembles bien connus.
C’est d’ailleurs ce qui m’interroge : pourquoi ne pas tenter de résoudre les problèmes d’une « micro-cité » (qui en proportion du nombre d’habitants pose autant de problèmes au reste de la population que des grandes cités), puisque nous y retrouvons les mêmes causes et les mêmes résultats ?
Les conclusions de cette expérience pourraient sans nul doute être extrêmement profitables à l’élaboration des plans d’actions destinés à des ensembles plus importants.
Si, sous votre impulsion, votre Ministère souhaitait s’intéresser à ce problème, ce serait avec un réel plaisir que je vous accueillerais et que je vous exposerais plus en détail les problèmes auxquels nous sommes confrontés depuis plus de 20 ans et qui, sans nul doute, pourraient être solutionnés face à une volonté politique déterminée.

En vous remerciant de l’intérêt que vous pourrez porter à ce dossier,

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de ma très haute considération.

Le Maire,

Alain KELYOR