DOSSIER : Les lettres du Maire

Assez de violence (Avril 2000)

Date du document : 15 Avril 2000

DANS LA NUIT DU SAMEDI 8 AU DIMANCHE 9 AVRIL, NOTRE VILLE A CONNU UNE FLAMBEE DE VIOLENCE DANS LE QUARTIER DU BOURG, PLACE DE LA ROSE BLEUE ET ALLÉE DU TEMPS QUI PASSE. UNE QUINZAINE DE VÉHICULES ONT ÉTÉ INCENDIÉS ET SACCAGÉS, AINSI QUE LE GYMNASE ET LE COLLÈGE. DES COCKTAILS MOLOTOV ONT ÉTÉ LANCÉS DANS DES APPARTEMENTS. IL SEMBLERAIT QUE CES ACTES FASSENT SUITE À L'ARRESTATION D'UN JEUNE SOUPÇONNÉ D'UN VOL DE VOITURE.

Je vous propose de lire dans cette Lettre du Maire le courrier que j'ai adressé à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République, à Monsieur Lionel Jospin, Premier Ministre, aux ministres de l'Intérieur: de la Justice, au Préfet, au Sous Préfet, au sénateur Philippe François et. au commissaire de police de Noisiel concernant cette affaire.
J'ai également écrit aux députés seine et marnais Christian Jacob et Jacques Heuclin afin de leur demander de poser une question au gouvernement sur les moyens mis en ceuvre par l'Etat pour lutter contre les violences urbaines et la création des ghettos, qui engendre des actes de délinquance.

Vous n'ignorez pas, je le sais, le travail très important réalisé depuis 5 ans par la municipalité dans le contexte difficile qui nous a été laissé en héritage. Nous agissons au quotidien auprès des habitants qui sont victimes de cette situation et nous ne cessons d'intervenir auprès de tous nos partenaires et interlocuteurs institutionnels (bailleurs sociaux, préfecture. ..) pour faire avancer ce dossier
Le Clos d'Emery faisait partie de nos engagements lors de la campagne de 1995. Je pense sincèrement que nous avons déjà accompli un travail important même si les résultats sont encore insuffisants. L'ampleur du problème et son antériorité font qu'il ne peut être effacé aussi rapidement.
Aujourd'hui, grâce à notre détermination et notre action, nous avons obtenu une prise en compte et une reconnaissance de nos difficultés, notamment par la police et la préfecture.
Il nous faut encore du temps mais je sais que nous pouvons parvenir à des résultats probants en maintenant nos efforts et notre ligne de conduite.
Six ans ne suffisent pas pour mener à terme ce dossier et un certain nombre d'autres projets que nous avons mis en route. Ils sont pourtant essentiels pour le développement de la commune et le bien-être des habitants.
Je ne fais aucune confiance à l'opposition municipale qui a déjà démontré son incapacité à diriger et à gérer correctement la ville. Si nous en sommes là aujourd'hui dans le quartier du clos d'Emery c'est bien en grande partie à cause de leur laxisme. Si le problème avait été pris à bras le corps dès les premiers signes de tension, lorsque les enfants étaient encore jeunes, nous aurions aujourd'hui moins de mal à lutter contre la délinquance.
En effet à l'époque les enfants avaient 7/8 ans, leurs comportements étaient moins agressifs .
Aujourd'hui, il s'agit d'adolescents, plus difficiles à raisonner et malheureusement déja pris dans la spirale de la violence.
Je reproche également aux élus socialistes de l'époque leur manque de clairvoyance qui les a poussé à laisser construire 40% de logements sociaux dans une petite ville comme la nôtre.
Je redoute que malgré leurs discours et un nouveau chef de file, leur gestion de la ville ne soit, s'ils étaient élus, la même et ne réduise à néant tous les efforts menés depuis 5 ans et qui ont donné de bons résultats :

  • diminution des impôts
  • nouveaux services et equipements
  • implantation d'un Intermarché
  • lancement de grands projets
    avec notamment l'achat du château du bourg et à l'étude, la construction d'une bibliothèque et d'une salle
    des fêtes. ..

C'est pour toutes ces raisons et par désir de poursuivre les actions entamées et les projets que nous avons que je solliciterai à nouveau vos suffrages aux prochaines élections municipales.
Bien cordialement Votre Maire, Alain Kelyor

LETTRE À MESSIEURS CHIRAC, JOSPIN , CHEVÉNEMENT. ..
DANS LA NUIT DU SAMEDI 8 AU DIMANCHE 9 AVRIL, NOTRE VILLE A CONNU UNE
FLAMBEE DE VIOLENCE DANS LE QUARTIER DU BOURG, PLACE DE LA ROSE BLEUE ET ALLÉE DU TEMPS QUI PASSE. UNE QUINZAINE DE VÉHICULES ONT ÉTÉ INCENDIÉS ET SACCAGÉS, AINSI QUE LE GYMNASE ET LE COLLÈGE. DES COCKTAILS MOLOTOV ONT ÉTÉ LANCÉS DANS DES APPARTEMENTS. IL SEMBLERAIT QUE CES ACTES FASSENT SUITE À L'ARRESTATION D'UN JEUNE SOUPÇONNÉ D'UN VOL DE VOITURE.

Les faits du week-end dernier nous donnent malheureusement raison. En effet depuis notre élection en 1995, nous ne cessons d'alerter les pouvoirs publics sur les délits et actes de délinquance liés au quartier du clos d'Emery dans lequel s'est créé un véritable ghetto.
La présence d'une communauté d'origine africaine notamment, qui ne parvient pas à s'intégrer ; la surpopulation enfantine liée à la pratique de la polygamie, les conditions de vie indécentes de nombreuses familles, ont conduit à un véritable mal vivre dans ce quartier; qui se traduit notamment par des actes de délinquance.
L'impunité des jeunes délinquants devant la loi les encourage à commettre des méfaits dont la nature va crescendo.
Hier, beaucoup d'émerainvillois étaient excédés par tous les délits quotidiens, actes d'insolence, crachats, insultes, dégradations de jardins privés, bousculades, jamais sanctionnés. Aujourd'hui, ils n'en peuvent plus et l'on entend parler d'autodéfense. Nous craignons qu'un jour prochain, un incident de trop conduise à l'irréparable.
Le mal-être s'installe progressivement, la tension est perceptible et la cohabitation devient de plus en plus difficile. Cette situation a déjà conduit à une désertion des écoles primaires et du collège au profit notamment d'établissements privés. Les enseignants subissent menaces et coups. Un sentiment d'insécurité s'est instauré peu à peu.

Depuis notre élection en 1995, l'éclatement du ghetto est une de nos priorités et nous lui consacrons de très importants moyens humains et financiers :

  • accompagnement scolaire
  • insertion par le sport
  • loisirs pour les jeunes ( activités avec le service jeunesse, opération VW. ..) .médiatrice interculturelle
  • prise en charge du suivi et de l'entretien de la copropriété du Clos d'Emery par une association subventionnée par la mairie dans le cadre de la politique de la ville
  • gestion bénévole de la copropriété par un élu, qui assure le rôle de syndic, les copropriétaires n'ayant pas les moyens financiers de rémunérer un professionnel.

Malheureusement les efforts énormes consentis par la mairie ne suffisent pas à régler la situation. Il nous faut le soutien et l'aide de tous: parents, partenaires sociaux, Education nationale, justice, police, bailleurs sociaux, Etat...

Car, que peuvent les élus locaux :

  • quand il n'y a plus d'autorité parentale reconnue par les jeunes ?
  • quand les jeunes ont perdu tout repère, qu'ils ne savent plus qui ils sont, quel est leur avenir ?
  • quand ces jeunes ne savent plus s'exprimer que dans la violence ?
  • quand la loi est quotidiennement bafouée ?
  • quand les décisions de justice ne sont pas appliquées faute de moyens ou de volonté ?
  • quand un arsenal de lois contradictoires rend toutes les actions longues, complexes, notamment les procédures d'expulsion ?
  • quand la polygamie est interdite par la loi mais reconnue implicitement?
  • quand la loi du silence est pratique courante chez les acteurs sociaux qui connaissent les conditions de vie déplorables de certaines familles mais laissent perdurer la situation ?

Comment ces professionnels peuvent -ils laisser une famille de 27 personnes vivre dans un 4 pièces dans des conditions d'hygiène inadmissibles ?

Que voulons-nous ?

  • Plus de policiers sur le terrain
  • Des sanctions pour les parents qui n'assurent pas l'éducation de leurs enfants alors qu'ils perçoivent d'importantes prestations familiales et sociales ( en moyenne pour plus de 10 enfants par famille)
  • Et surtout des logements dans d'autres communes pour faire éclater ce ghetto et recomposer le quartier dans un souci de mixité de population.

C'est en effet là que réside la vraie solution. Plusieurs familles souhaitent quitter la commune mais encore faut -il trouver un nouveau logement. Or c'est une véritable gageure quand il s'agit de familles étrangères, polygames et surendettées de surcroît. Aucun bailleur ne répond présent. La mairie aide très activement ces familles dans leur démarche, dans leur intérêt, celui d'un nouveau départ dans un contexte plus serein, mais aussi dans l'intérêt de l'ensemble du quartier qui souhaite vivre sans être régulièrement stigmatisé. Il y va egalement de l'intérêt de l'ensemble de la population, Emerainville étant assimilé, par l'extérieur, au Clos d'Emery avec toutes les conséquences qui en résultent notamment en terme de prix de l'immobilier.

Mais combien d'heures passées, de contacts pris pour un résultat souvent négatif !

Des avancées ont été obtenues grâce à la politique mise en oeuvre par la municipalité et sa détermination mais la preuve a encore été faite ce week-end que la poudrière existe toujours. Le quartier reste très sensible et la délinquance y a fait son nid.

Il nous faut de l'aide pour résoudre les problèmes de ce quartier et surtout pas de politisation facile.
Le clos d'Emery, la délinquance ne sont pas des enjeux politiciens de campagne électorale mais des enjeux humains et collectifs.

L'ORIGINE DU CLOS D'EMERY
Le quartier du clos d'Emery date de 1984 sous la mandature de Pierre Andrieu, maire socialiste.
La SAVO, organisme d’HLM, a construit et commercialisé 80 logements.
60 ont été achetés par des ménages étrangers, dont 37 par des familles d’origine africaine (Mali, Mauritanie, Sénégal), 10 familles asiatiques, 3 familles turques, 4 familles chiliennes, 1 famille tunisienne.
Le lotissement était donc composé de 79% d’étrangers dont 59% d’origine africaine, pour la plupart polygame.
Ces personnes ont acquis leur logement en accession à la propriété, sans avoir à verser de capital de départ et en contractant un emprunt à taux progressif. Très rapidement, elles se sont trouvées dans l’impossibilité de faire face au remboursement de leur crédit et ont été prise dans la spirale du surendettement.
L’arrivée massive d’une population étrangère et sa concentration dans un seul et même quartier a donné naissance à un ghetto.
La municipalité socialiste qui avait favorisé cette installation a laissé la situation se dégrader. Il a fallu attendre 1988 pour que le problème soir réellement pris en compte. Un rapport de l’équipe MOUS (Maîtrise d’œuvre Urbaine et Sociale), datant de cette époque, a établi un constat indiquant déjà l’ampleur et la gravité du phénomène et préconisant notamment l’éclatement du ghetto. Mais jusqu’en 1996, aucune action concrète n’avait été engagée pour mener une réelle politique de relogement.